Championnat du monde – Canada

C’est certain, analyser la liste exhaustive sur wikipédia des attaques de grizzlies en Amérique du Nord n’était pas la meilleure chose à faire avant la reconnaissance du parcours de VTT. Mais quand j’ai rencontré John, la quarantaine, et que je l’ai interrogé sur les risques encourus dans les forêts de Colombie Britannique, je ne m’attendais certainement pas à ceci : « Les grizzlies ? T’inquiète pas, c’est assez rare dans l’coin ! Par contre, va falloir vraiment faire gaffe aux serpents à sonnette et aux cougars ! Ils t’attrapent par la nuque, t’as même pas le temps de bouger ! Vous avez des cougars en France ? » « Ben évidemment John ! Ils sont moins farouches par chez nous, ils traînent dans les boites, dans les bars, quelques fois du côté d’l’Elysée ». « Des cougars ? Tu veux dire… en pleine ville ? ».

Beautiful British Columbia

J’avais 18 ans quand je suis partie pour la première fois en Colombie Britannique. Par maladresse, ne maîtrisant pas encore vraiment la puissance d’internet, j’avais validé un formulaire du Rotary pour un échange scolaire pendant une pause de midi au coin informatique de mon lycée. Mes parents s’étaient étonnés en recevant le courrier concerné et en avaient profité pour se débarrasser de moi tout l’été, direction Vancouver. J’avais donc hâte de retrouver ces contrées majestueuses de sapins, ses lacs et montagnes infinies et cet accent si sympathique et chantant. Les championnats du monde de cross-triathlon se déroulaient ce week-end du côté de Penticton et à bord de notre super 4×4 blanc, Brice Daubord – 5 fois champion de France – Antoine mon chéri – dit le manager – et moi-même roulions vers l’Est de la province canadienne.

On prend la température du circuit : gros dénivelé, circuit très difficile et technique, course à pied rapide : ça va être du sport. Et dès le premier tour j’ai envie de pleurer. Je ne me sens pas à l’aise sur les franchissements de pierres, mon semi rigide n’est pas trop adapté au secousses de la descente. Bref, j’ai l’impression de découvrir un nouveau sport. A quatre jours de la course, c’est un peu la galère. Brice m’oblige à reprendre le vélo deux jours plus tard et de refaire tous les passages techniques. J’hésite car vraiment paniquée à l’idée d’y retourner. Je me remets en selle et là, magie ! Je passe le premier secteur ! En confiance, je les passe tous un par un. Comme dans un jeu sur Nintendo j’essaye de rester concentrée en prenant comme défi de ne pas poser un seul pied au sol. Ca marche. Je rentre à l’appart super excitée à l’idée de démarrer cette course. Je viens de vaincre quelques peurs. Du coup, je sais que je vais prendre du plaisir dans cette aventure. Je me sens tellement heureuse de pouvoir m’aligner au départ d’un tel événement dans un endroit magnifique qu’au final je n’ai plus aucune pression.

Mercredi c’est parti : Dès le départ, j’accroche le peloton, à la deuxième bouée la magie opère à nouveau ! y a des filles autour de moi ! j’applique tous les conseils de mon super coach Flo et je reste calée dans les pieds d’un petit groupe, les filles de tête n’étant jamais vraiment loin. J’enfourche mon vélo et dès la première ascension, re-coup-de-magie, je me sens bien au niveau cardio et je passe en tête du groupe rattrapant deux concurrentes échappées. En descente, je prends pas mal de risques quitte à me faire rappeler à l’ordre par mon vélo qui hésite sur la trajectoire à adopter dans un virage bien sec et fini par prendre tout droit, le con.  Je termine la boucle en mode sécurité me sachant en 12e position. Je pose le vélo et c’est parti pour la chasse. Au fur à mesure des kilomètres, deux filles se rapprochent. Mes pieds commencent à piquer à cause du sable, j’ai du mal à respirer, mais l’euphorie de sortir une belle course me fait oublier ce genre de détails. Je passe la ligne en 10e position avec la bandera corsa sur le dos, je m’écroule et me mets à pleurer.

La saison 2017 était pleine d’embûches, de doutes et de questions. Il suffisait juste d’y ajouter de la joie, un grand sourire et un brin de confiance car dans le fond, dans chaque course, tout se joue à la passion.

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