XTERRA Malta

Dix, neuf, huit, sept… Au loin, le décompte est lancé. Je me précipite sans prendre le temps d’enfiler mon bonnet. A deux cents mètres de moi, les athlètes bien rangés sont prêts à en découdre alors que je suis complètement perdue sur la plage en train de sprinter vers la ligne. Mon cœur bat à mille à l’heure, je n’ai pas de lunettes et ma combinaison n’est pas bien attachée. Six, cinq, quatre, trois,… Ca y est la course va partir sans moi… deux, un, zéro. Au bout de mon sprint, je m’élance, pleine de désespoir vers les derniers concurrents pour mon épreuve de natation. Les vagues me fouettent le visage, je bois la tasse, je coule, je ne parviens pas à trouver les bouées. Au loin, un bateau m’indique le chemin. Je nage au hasard, je tourne les bras, mais impossible de trouver cette sensation de glisse tant recherchée à l’entraînement. Au bout, j’aperçois la plage. Je sors de l’eau épuisée. Le parc à vélo est vide. Seul mon petit vélo trône au beau milieu des équipements sportifs laissés en vrac. J’ai envie de pleurer, mais dans un élan de courage j’enfourche mon vélo et file à la poursuite des autres athlètes. Personne en vue. Je ne trouve pas le chemin. Je fais demi-tour. Soudain je tombe sur le parcours. Je demande la direction mais personne ne répond. Je pédale de toutes mes forces, les jambes ne répondent plus. Les filles me doublent à vive allure. Et dire qu’elles sont déjà à leur deuxième tour ! Soudain mon dérailleur décide de quitter l’aventure. Impossible d’avancer. Je décide de poursuivre en poussant le vélo. Je finis par l’abandonner dans un buisson. Je retrouve le parc de transition et j’enfile mes chaussures de course à pied. Je reprends mon souffle avant d’attaquer ma troisième épreuve. Les kilomètres ne passent pas. J’ai la sensation de courir au ralenti. Le sable s’enfonce sous mes pieds, je fais du sur-place. J’ai mal partout. J’ai chaud, je transpire. Je me réveille.

J’attrape ma montre sur la table de nuit, il est 3h. Demain, c’est ma première épreuve de coupe du monde.

 

God save the Queen 

 

Quelle folle expérience que de se frotter à des athlètes de haut niveau ! Vous dire que tout s’est déroulé comme sur des roulettes serait manquer d’objectivité car traverser la méditerranée seule avec 35kg de bagages allait forcément amener son lot de péripéties ! La destination en elle-même portait les signes de l’aventure : Malte. Cette île méditerranéenne bizarre où une loi oblige les habitants à conduire du mauvais côté de la route ! Rien que ça, ce fut tout une histoire. J’avais à peine récupéré les clés de la voiture de location que le vacarme urbain et les camions trop chargés étaient à mes trousses. Quelques minutes à peine et les ruelles étroites avaient raison de mon rétroviseur gauche, décroché en plein virage pourtant bien négocié.

VT2

Je récupère les morceaux et me remets en route vers le départ de la course situé de l’autre côté de l’île, à une trentaine de kilomètres. Quatre heures plus tard, je suis toujours perdue au milieu de l’île et m’arrête pour pleurer sur l’épaule d’une grand-mère britannique, en vacances chez une amie. Elles m’invitent à partager un plat de pâtes et me racontent leurs déboires sur les routes américaines pour leurs premières expériences en conduite inversée. Leurs encouragements me font retrouver le sourire et me voilà repartie pleine d’énergie, avec un joli plan dessiné par mes bienfaitrices. Je m’installe à l’hôtel et décide de terminer la journée par un entraînement de natation dans la piscine de l’hôtel. Le samedi, je me rends sur le parcours afin de reconnaître le circuit et le soir, je dîne dans un superbe restaurant italien ou je commande, gênée, des pâtes-à-rien.

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Dimanche, le vent souffle ! Je prépare tranquillement mes affaires dans le parc de transition et prends la direction de la plage pour l’échauffement. Ma nouvelle combinaison est extraordinaire : j’ai la sensation de surfer sur les vagues. J’ai hâte de prendre le départ ! Le coup de sifflet retentit. Je négocie parfaitement cette première partie de course. Je sors juste derrière le groupe des PRO. Derrière moi, il y a déjà un trou avec les amateurs, tous groupes d’âges confondus. J’enfourche mon vélo et les choses se compliquent. Le parcours est très technique et je n’arrive pas à suivre les filles. Je prends mon tempo pour ne pas prendre de risques inutiles. Dans la première descente, un concurrent pressé me fait chuter et je passe par-dessus le vélo. Je perds pas mal de temps à régler celui-ci avant de me remettre en selle. Après avoir retrouvé le parc à vélo, je cherche désespérément mes affaires. J’avertis un commissaire de course qu’on m’a volé mon dossard avant de chercher avec lui mes équipements qui se sont en fait envolés (c’était donc ça les morceaux de bois sur les vêtements des autres filles). Entre-temps, j’ai perdu une place. Je m’élance à la poursuite de ma concurrente avant de m’envoler vers la victoire en amateur. Je termine en 9ème position de cette coupe du monde. Devant moi, que des pros et derrière moi une avance confortable. Je termine la course en roue libre. Si dans la vie, soit on gagne, soit on apprend, je me dis qu’aujourd’hui, ma chance de gagner était nulle au vu de l’expérience que j’ai pu emmagasiner pour les compétitions futures. Je grimpe sur le podium pour récupérer mon ticket pour Hawaï et le séjour est déjà presque terminé.

Lundi, je visite la superbe ville de La Valette avant de me diriger vers l’aéroport le cœur pincé de n’avoir pas eu le temps de visiter plus cette île magnifique. Le mécano de chez AVIS me félicite pour ma réparation impeccable de ce rétro suicidaire et c’est avec le sourire que j’embarque vers la France. Au contrôle des douanes, un employé m’interpelle. C’est à vous cette canette de jus d’orange ? Par contre, ils me l’ont laissé, l’arme de 3kg, en verre massif…

Découvrez le parcours dans cette petite vidéo….

 

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